Qui est Andrew Fleck?

Andrew W. Fleck: L’homme d’affaires et le philanthrope par Valerie Knowles

Il est rare que l’on ait les moyens de faire le don d’un nouveau bâtiment à un organisme de charité. Néanmoins, en 1931, c’est exactement ce que Gertrude Fleck a annoncé.  Pour honorer la mémoire de son défunt mari, Andrew, elle a révélé qu’elle allait financer la construction d’un nouveau siège social pour la Ottawa Day Nursery, une garderie publique avec laquelle la famille Fleck était associée depuis longtemps. Grâce à sa générosité, la garderie réalisait un rêve de longue date.

Après avoir occupé, durant plusieurs années, une vieille maison située au 87 de la rue Albert, la garderie quitte en 1932 pour un nouvel édifice spacieux au 195 de la rue George.   Pourtant, il a fallu attendre plusieurs décennies pour que le nom Andrew Fleck, personnage peu connu en dehors des cercles de l’établissement  d’Ottawa, soit immortalisé. En 1970, la garderie Ottawa Day Nursery change son nom pour Andrew Fleck Child Centre. Aujourd’hui, il est courant que de riches bienfaiteurs aient des édifices et des institutions nommées à leur nom, mais il est peu probable que Andrew Fleck, homme modeste et sans prétention, aurait souscrit à une telle pratique.  S’il y a une chose qui ennuyait cet homme, c’était la publicité par rapport à sa générosité. On retrouve la citation suivante dans l’Ottawa Journal de l’époque: « Il était un bienfaiteur public, mais dans la mesure où il pouvait exercer un contrôle, ses bienfaits étaient toujours faits de manière à ce que le public l’ignore. » À cet égard, Andrew Fleck ressemblait à sa femme Gertrude, une femme qui démontrait beaucoup d’intérêt public. Jusqu’à sa mort en 1941, la très digne et riche Gertrude Fleck s’est fermement opposée à ce que les journaux publient des histoires sur sa famille et son travail philanthropique.

Son mari qui est décédé en 1924 n’était pas natif d’Ottawa. Andrew Walker Fleck est né le 17 octobre 1848 à Montréal, fils d’Alexandre Fleck, un riche homme d’affaires, et de Lillias Walker. En 1869, alors qu’il était encore jeune, Andrew Fleck déménage à Ottawa, où il travaille sur la rue Wellington pour la fonderie de fer établie par son père.  M. Fleck passe quelques années à l’emploi de la fonderie avant de s’orienter vers l’exploitation forestière. Son premier emploi dans le commerce du bois était avec la firme d’Alanson H. Baldwin, un Américain qui avait établi un très gros commerce d’opération forestière après son arrivée à Ottawa dans les années 1850. Ensuite, il travaille pour J.R. Booth (personnage profilé dans une édition précédente de Capital Lives) qui, dans les années 1890, était considéré comme le premier entrepreneur forestier important de la vallée de l’Outaouais. Dans cette phase de sa carrière, Andrew Fleck est surtout impliqué avec l’administration de moulins dans la région de la vallée de l’Outaouais à Madawaska. Après avoir aidé à gérer les usines pour Monsieur  Booth, Monsieur  Fleck tourne son attention vers la gestion du chemin de fer du Canada Atlantique, une création du magnat du bois, J.R. Booth, qui avait aidé à le construire et à le financer en 1879. Durant 21 ans, Andrew Fleck sert le secrétaire-trésorier pour les 394 milles de route ferroviaire qui relie Ottawa au Vermont ainsi qu’Ottawa au village de Depot Harbour sur la baie Georgienne, où Booth exploite une flotte de navires, transporteur de grains. Tout en travaillant pour le chemin de fer du Canada Atlantique, Monsieur  Fleck devient activement impliqué dans la construction d’une autre route ferroviaire par J.R.Booth, la Ottawa, Arnprior and Parry Sound Railway. Construit entre 1892 et 1896, cette route ferroviaire a ensuite été fusionnée avec le Canada Atlantic Railway, que Booth a vendu au chemin de fer Grand Tronc en 1904.

Monsieur  Booth était plus que l’employeur d’Andrew Fleck. Il était aussi son beau-père, car le 15 juin 1881,  Andrew Fleck avait épousé Gertrude, la fille aînée du magnat du bois. Ils ont eu quatre enfants : deux garçons et deux filles. Pour accueillir sa famille, Andrew Fleck fait construire un très grand manoir en grès de style architectural Queen Anne, au bord de la rivière Rideau. Conçu par l’architecte d’Ottawa John W. H. Watts et situé au 500 de la rue Wilbrod, cet édifice est l’une des rares maisons d’Ottawa à avoir une désignation patrimoniale pour son intérieur.

Après la vente du Canada Atlantic Railway, Andrew Fleck a consacré de plus en plus de temps à ses nombreux intérêts philanthropiques. Le plus important était probablement le County of Carleton General Protestant Hospital , l’une des trois institutions qui a formé l’Hôpital Civic d’Ottawa. Durant plusieurs années, Monsieur  Fleck a servi sur l’ancien conseil d’administration et ensuite sur celui de la Civic. Il a également un intérêt profond pour le travail de la Croix-Rouge canadienne. Une autre institution dans laquelle il a joué un rôle actif était l’Ambulance Saint-Jean. « Un des vrais amis de cet organisme », il a siégé sur l’exécutif en tant que vice-président, président et président d’honneur. Pour encourager les compétences en premiers soins, il a donné, lors de concours annuels, des médailles et des trophées aux meilleurs étudiants.

La garderie, établie dans le Settlement House d’Ottawa en 1911, fournissait des services de garde d’enfants aux mères qui travaillaient et bénéficiait également du bon jugement et de la bonté de Monsieur Fleck.  Lorsque la garderie est devenue une institution distincte en 1916, Monsieur Fleck  a été membre du comité consultatif jusqu’à sa mort.

Andrew Fleck, citoyen pionnier d’Ottawa et bienfaiteur estimé, est décédé subitement à son domicile le 6 mai 1924. Son service funéraire, tenue à la résidence familiale le 9 mai, a attiré de nombreux dignitaires connus tels que Mackenzie King et de hauts fonctionnaires d’organismes et de sociétés avec lesquelles il avait été étroitement associé. Lui survivent son épouse Gertrude, ses fils, Gordon et Bryce et ses filles Jean (Mme Gregor Barclay) et Rose (Mme W.D. Herridge).

Valerie Knowles est l’auteure de Capital Lives: Profils de 32 personnalités éminentes d’Ottawa. Disponible dans les musées locaux et les librairies indépendantes. Cet article est paru dans le numéro de mars 2010 du journal Forever Young.